4 September 2009

Édito :

*P(l)age blanche et cocotiers : tout vient à point à qui sait attendre*

Ah l’été, quelle merveilleuse saison ! Une fois encore, Paris se vide, et nos côtes se remplissent. À lézarder au soleil en dégustant quelques barbecues arrosés de rosé (bien frais, mais pas matinale), les côtes, les autres, se remplissent aussi après les rigueurs d’un régime pré-estival destiné à faire ressortir des abdos imaginaires. Comme disait Rabelais, qui n’avait pas oublié de picoler : « le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement ».

Retournons à nos moutons ! Fort de cet entendement, je me pose devant la page blanche à l’heure de rédiger cet édito. Et là, le vide. Pas celui de Bouddha, non, le manque d’inspiration. Je reprendrais bien un peu d’entendement moi, et en plus j’ai un creux… Comme disait Rabelais, qui n’était pas le dernier à table : « le grand Dieu fit les planètes et nous faisons les plats nets ».
C’est alors qu’en pleine dégustation d’entendement, la lumière vint. Ou plutôt « vin ». J’ai bien fait de persévérer, avec modération bien entendu. D’ailleurs, Rabelais, apôtre de la sagesse et de la modération, nous le rappelle : « l’appétit vient en mangeant ; la soif s’en va en buvant ».
Revenons sur les étés précédents. Il y a quelques années, genre au début du 21ème siècle, la mode estivale était au ver à propagation rapide, tendance je vais faire tomber internet en moins de 30 secondes. Force est de supposer que les développeurs de ces codes malicieux ont dû grandir et préfèrent eux aussi partir à la plage maintenant. Ou alors, c’est autre chose qui a changé. À ce propos, Rabelais, scientifique avant l’heure, pose bien tôt les limites des expérimentations : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Finis donc les ver(re)s de la mort qui tue. Ils furent remplacés par des buzz : failles sur les pilotes WiFi d’Apple, failles sur les Cisco avec conférence annulée à la clé, sans parler de la mode des big ones à répétition qui ont eux aussi manqué de faire tomber internet en moins de 30 secondes. La différence avec les vers vient de ce que ces vociférations sont arrangées dans des grandes conférences prestigieuses (no comment) et que, cette fois, ce sont les gentils qui font du bruit. Rabelais, observateur attentif des mœurs de son époque, le notait déjà : « la moitié du monde ne sait comment l’autre vit ».

En effet, que constate-t-on ? L’asymétrie entre les gentils et les méchants (ou la défense et l’attaque) est une évidence si on regarde simplement qui a l’initiative. Mais ce n’est pas le seul aspect. Les méchants ne sont pas méchants juste pour le plaisir de l’être. Très souvent, il y a des intérêts derrière, financiers, et pas petits qui plus est. Bref, les méchants sont méchants pour se faire du blé, facilement, sans effort. Rien de nouveau. Rabelais, avec ses multiples éloges de la paresse, était déjà un précurseur : « les heures sont faites pour l’homme, et non l’homme pour les heures. »

Mais les gentils aussi ont un estomac et de l’appétit : ils doivent se nourrir et gagner de l’argent. Sauf que, bien souvent, pour comprendre les méchants ou imaginer ce qu’ils pourraient faire, ça demande du temps (et le temps, c’est de l’argent), ça demande de l’audace (et l’audace, ça coûte cher sans garantie de retour sur investissement), ça demande de l’innovation (et l’innovation, ça ne rapporte pas dans les deux mois qui suivent). Bref, le modèle économique du gentil est bien plus compliqué. Comme l’expliquait Rabelais : « la tête perdue, ne périt que la personne ; les couilles perdues, périrait toute nature humaine. »

Et cet été alors ?, me direz-vous en tentant de me faire reprendre le fil de ma pensée. Ben rien ! Nada ! Walou ! Néant ! Que dalle ! Le calme plat en somme (et ailleurs aussi). Pas de ver, pas de scandale. À croire que la crise a tout tétanisé sur son passage. Même la faille qui touche le plus de versions du noyau Linux ou la sortie de Windows Seven ne change rien : le calme je vous dis ! Eh bien tant mieux, ça permet à tout un chacun de se plonger sereinement dans son magazine préféré et de faire avancer ses propres travaux. Et comme disait Rabelais, qui s’y connaissait en cassage de système d’exploitation : « rompre l’OS et sucer la substantifique moelle ».

Sur ce, je délaisse l’entendement pour un café, l’addition, et bonne dégustation pour cet édito au rab(el)ais.

Fred Raynal

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