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De l’hermétisme au marketing

Qu’il s’agisse de lessive lavant plus blanc que blanc ou d’une énième vulnérabilité cataclysmique, la résultante invariable du marketing est de produire, à un moment, du faux. Prenons le quotidien de quiconque ferait un minimum de veille du côté des vulnérabilités : dans les méthodes à l’ancienne, suivre les listes de diffusion comme full-disclosure, bugtraq ou oss-sec par exemple n’est pas chose aisée tant la pluie de CVE est quasi-permanente et l’information toujours partielle (même si quelques advisory et discussions de qualité sont là pour rattraper l’ensemble). Du côté de Twitter, si l’on arrive à mettre de côté les petites querelles du moment, on y trouve une quantité intéressante d’informations, bon nombre d’experts en sécurité francophones et anglophones l’utilisant au quotidien. Jusque-là, faire la part des choses, distinguer ce qui est pertinent ou non, se faisait dans un flux permanent avec ces hauts (POC sur full-disclosure) et ces bas (hoax). Puis est arrivé le marketing : nom, site, logo, script/outil, vidéos, raz de marée sur Twitter, papiers dans les journaux grand public, annonce d’une demi-fin du monde, et cela pour une vulnérabilité (dans certains cas même quasi inexploitable). Et voilà que l’on a basculé dans le rythme infernal de la course à la célébrité pour les vulnérabilités. Certes, pour l’initié (toi, lecteur de MISC), tout cela s’apparente essentiellement à une dégradation du rapport signal/bruit dans la veille quotidienne.

Mais où est le faux ? D’une part, il n’y a pas de corrélation directe entre l’impact de la faille et la célébrité qui lui a été associée. Il peut s’agir parfois d’un travail élégant ou étonnant, ou qui touche simplement un élément important. Il est très difficile de quantifier le nombre de vulnérabilités critiques qui sont passées sous silence, tout comme la course aux vues/retweets/etc. pousse à exagérer l’impact réel. D’autre part, quand l’information arrive dans un média grand public, qu’elle soit traitée correctement ou non, il est souvent fait complètement abstraction des enjeux réels de la sécurité, qui sont souvent bien loin des failles à la mode. Ce ne sont que des exemples très simples de ce que peut produire le marketing, on peut facilement imaginer la confusion supplémentaire que cela rajoute d’une manière générale. Comme le disait si bien Nietzsche : « le demi-savoir triomphe plus facilement que le savoir complet : il conçoit les choses plus simples qu’elles ne sont, et en forme par suite une idée plus saisissable et plus convaincante ».

Alors certes, il y a des failles qui ont connu un grand succès pour de bonnes raisons, mais est-ce bien raisonnable de se prendre au jeu de la communication ? Si le travail produit est intéressant, la qualité ne se suffit-elle pas à elle-même ?

Émilien Gaspar / gapz / eg@miscmag.com


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